Tout est sous contrôle
Publié le 28 septembre 2012

On vit une drôle d’époque. Sincèrement. Il suffit que tout récemment certains utilisateurs de Facebook se rendent compte (en allant déterrer leurs messages d’avant 2009) que leur vie privée n’était pas si privée que cela pour que des ministres demandent des comptes et lancent une enquête de la CNIL. Tout ça parce que des utilisateurs n’ont pas (encore) compris que mettre sur un serveur distant des données personnelles (et pour certaines confidentielles) les rendait hors de contrôle. La bonne blague. Comme si ce genre de problème ne se produisait que dans le monde virtuel, le monde numérique.

Confidentiel, vous avez dit ?

Je forme des gens à la sécurité informatique, et plus généralement à la sécurité de l’information. Et cela plusieurs semaines par an. Et ce soir, en rentrant du boulot (où je dispense une formation, comme c’est étrange), une femme vient s’asseoir sur le siège diagonalement opposé au mien, dans un train de banlieue comme il y en a tant. Un train bondé, rempli de gens éreintés. Mais contrairement aux autres personnes qui ont déjà dégainé leurs smartphones, elle sort un bloc-notes ainsi qu’un document de quelques pages sur lequel est inscrit la mention "CONFIDENTIEL" en rouge, et encadrée.

Elle fait cela sous le nez de trois personnes, et commence à annoter le document comme si de rien n’était. Confidentiel, c’est marqué. On est trois à lorgner sur le document, et elle continue d’annoter : "Expliquer le schéma, comme je l’ai indiqué", "Non.". Le nom de sa société est visible, le document concerne une proposition commerciale, et le nom du client traîne pas très loin. Du grand art, je vous dit. J’avais mon smartphone dans les mains, en deux mouvements de doigt je lance l’appareil photo, coupe le son, et prend une série de clichés (avec zoom) de ce document annoté. Comme si de rien n’était. Et personne n’a rien remarqué. Normal quoi. Un smartphone, un geek, et une position qui fait style "je ne veux pas que vous puissiez voir mon écran".

Espion en herbe

J’ai été assez étonné de ne pas voir cette personne s’offusquer, car bon trois personnes qui reluquent son document ne l’ont pas fait broncher, et encore plus de pouvoir prendre ces photos sans me faire repérer. Je connais certaines personnes qui ont eu des problèmes juste en laissant un document annoté "CONFIDENTIEL" sur leur bureau, sans que même d’autres personnes y ait eu accès. Mais non, "CONFIDENTIEL" devait être là juste pour faire joli. Et pourtant je suis sûr que cette personne fait tout de même attention à ses documents sur son ordinateur, et à ses dossiers. Qu’elle trie tout comme il faut, et fait attention aux documents qu’elle transmet et stocke dans ses emails. Enfin j’ose espérer.

Pourtant, avec un smartphone tout ce qu’il y a de plus abordable et commun, n’importe qui peut se transformer en espion et prendre des photos à l’insu de personnes, en toute discrétion. Imaginons deux minutes que je travaille chez un concurrent, et l’on pourrait envisager que je puisse me servir de cette information. D’ailleurs ce n’est pas sans vous rappeler certaines personnalités qui se sont fait avoir avec une photo de documents sous le bras ... Même Nokia peut vous faciliter la tâche, avec ses derniers modèles intégrant une stabilisation de l’image, tout en étant hype.

Dernier point, et non des moindres : il est possible de nos jours de prendre une photo d’une personne ou d’un document à l’aide d’un objet très répandu, sans que personne ne le remarque. Un peu comme les appareils photos miniatures utilisés par des supers-espions à l’époque de la guerre froide, mais en plus gros. Sans que cela n’attire l’attention. Sans un bruit. Car le célèbre "clic" peut être désactivé, autorisant les prises de vues furtives. Et ce n’est pas neuf, malheureusement.

L’accès à l’information

Vouloir protéger l’information est une noble cause, et cela passe par différents mécanismes mis en œuvres : des procédures internes, une classification des documents, ainsi qu’une politique de mots de passe solide et éprouvée. On arrête pas de le dire. Mais vous ne pourrez jamais être derrière tout le monde, et encore moins derrière les bourreaux de travail ("workaholics") qui continuent de bosser dans le train qui les mène chez eux. Parce que bon, les objectifs et la carrière sont importants. Quant à la confidentialité ...

D’ailleurs, si par le plus grand des hasards cette personne lit ceci et se reconnaît, qu’elle n’hésite pas à me contacter. Sait-on jamais.